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Bardella, entraîné… au pénal

Visé par une nouvelle plainte pour favoritisme et détournement de fonds publics, le Rassemblement national est accusé d’avoir utilisé l’argent du Parlement européen pour financer le média-training de Jordan Bardella en vue de la présidentielle. Une affaire de plus dans le feuilleton des finances opaques du parti, réveillée par les révélations du Canard Enchaîné.

 

Dans la grande famille des révélations politico-financières, il y a les saisons fastes, les saisons creuses, et puis il y a celles où le Rassemblement national se rappelle au bon souvenir du Parquet national financier comme d’un vieil ami perdu de vue. Grâce au Canard Enchaîné, voici donc un nouveau chapitre des chroniques familiales : l’association AC Corruption vient de déposer une plainte pour favoritisme et détournement de fonds publics, visant la relation contractuelle entre le RN et un certain Pascal Humeau, “média-traineur” — terme pudique pour coach médiatique chargé de rendre audible ce qui ne l’est pas toujours.

 

Et BFMTV, jamais avare d’un document estampillé « exclusif », a pu consulter ladite plainte. On y apprend que Pascal Humeau, recruté en 2019 pour former les élus européens du RN, était rémunéré grâce à l’enveloppe budgétaire prévue pour les assistants et prestataires du Parlement européen. Jusque-là, rien qu’un énième sous-traitant chargé d’apprendre aux eurodéputés qu’on ne dit pas roumain quand on veut dire rom.

 

Mais à partir de septembre 2021, l’affaire se corse : selon la plainte, Humeau ne formait plus tant aux arcanes de l’actualité européenne qu’au positionnement hexagonal de Jordan Bardella — futur candidat à la présidentielle — et à ses chroniques franco-françaises. Quand l’argent européen sert à huiler la machine présidentielle d’un parti souverainiste hostile à Bruxelles, les mauvaises langues diraient qu’il y a là un délicieux parfum d’ironie. Mais les juristes parlent désormais de l’article 432-15 du code pénal. C’est moins drôle, mais plus efficace.

 

Retour vers le futur judiciaire

Difficile de ne pas remettre cette nouvelle affaire dans son contexte : le RN, mais aussi vingt-cinq cadres, anciens assistants ou collaborateurs, ont récemment été condamnés pour détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires. Le parti conteste, parle de procès politique, mais la justice s’obstine.

 

En juillet 2025, une enquête est ouverte sur les finances du groupe Identité et Démocratie concernant l’usage du “budget 400” — ce budget communication censé servir à tout… sauf à ce qu’il sert parfois. Là encore, hasard du calendrier ou créativité budgétaire trop débordante : chacun jugera.

 

Cerise sur le gâteau : selon le Canard, Pascal Humeau lui-même aurait expliqué que l’appel d’offres n’existait “que pour la forme” et qu’on lui avait soufflé qu’il obtiendrait le contrat quoi qu’il arrive, puisque Jordan Bardella “souhaitait travailler avec lui”. Une franchise rafraîchissante, presque touchante, si elle ne venait pas confirmer exactement ce que les enquêteurs cherchent à prouver depuis dix ans.

 

Kon Tiki, contrat magique et marché public naufragé

L’association AC Corruption estime que la société “Kon Tiki” et son capitaine Humeau ont bénéficié d’une violation caractérisée du principe d’égalité entre candidats — autrement dit, le contraire même de ce que Bruxelles aime entendre quand il s’agit de ses marchés publics. Avec en prime l’idée que le coaching destiné à Bardella pour la présidentielle 2022, payé avec de l’argent européen, constituerait un détournement de fonds publics, version premium.

 

L’association, qui ne pratique pas la litote, enfonce le clou : selon elle, le RN a mis au point une méthode “globale et systémique” pour siphonner tout argent disponible, européen ou non, afin d’étendre son hégémonie politique. Et ajoute, en passant, que l’aide financière de quelques milliardaires bien de chez nous ne suffit décidément plus à alimenter la machine.

 

La défense Bardella : ferme, calme, et toute personnelle

Contacté par BFMTV, le cabinet du président du RN dénonce une procédure instrumentalisée, des accusations infondées, et annonce déjà envisager des poursuites pour diffamation et dénonciation calomnieuse. Une ligne classique, qui consiste à renvoyer le projecteur sur l’intention du plaignant plutôt que sur le contenu du dossier. Après tout, si tout le monde commence à regarder de trop près l’usage des fonds européens dans certains groupes politiques, ça pourrait finir par faire désordre.

 

Média-traineur ou boulet politique

Dans l’attente d’éventuelles suites judiciaires, chacun campe sur ses positions : le RN conteste, AC Corruption persiste, et les juges avisés s’apprêtent à revisiter — pour la énième fois — la fascinante créativité budgétaire d’un parti qui prétend rétablir l’ordre dès qu’il arrive dans une mairie.

 

Quant à Pascal Humeau, il découvre malgré lui une vérité éternelle : à force de “traîner” les médias, on finit parfois par se faire traîner devant eux.

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