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Le Correspondant

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Bas les masques

Avec un thé à la menthe 100% chinois, allongé sur mon canap suédois, je découvre sur une chaine satellitaire algérienne, un reportage sur la pénurie de masque en France. Le sujet force l’attention. Pas parce qu’il traite des masques – l’affaire est mâchée et remâchée sur tous les médias. Non. Le plus intriguant est l’intérêt d’une chaine algérienne à relayer l’info. 

A mon grand étonnement, j’apprends qu’au début de l’épidémie, la France ne disposait que de 150 millions de masques chirurgicaux. Et tenez-vous bien : elle n’avait plus aucun stock de masques FFP2. De quoi renverser un Chiroptère et faire sourire un pholidote. Tellement hallucinant que j’en ai perdu ma verve et mon humour. L’espace d’un instant, j’ai pensé que c’était une erreur, une infox, une mauvaise blague, comme c’est souvent le cas sur les chaînes maghrébines. Walou ! La journaliste parlait bien du pays de Marie Curie, de Descartes et de Pasteur. Et pas d’un pays impécunieux, ravagé par des décennies de disette. Mais diable, que s’est-il donc passé pour que la cinquième puissance économique mondiale se retrouve « nue », face à la plus grande crise sanitaire de notre époque ?

 

Souk aux masques

A en croire Olivier Véran, ministre de la santé, le gouvernement actuel n’y est pour rien. « Nous étions un pays, hélas, pas préparé, du point de vue des masques et des équipements de protection, en raison d’une décision prise il y a neuf ans. Si nous avions eu un milliard de masques chirurgicaux et 600 millions de masques FFP2, comme c’était le cas en 2010, personne ne parlerait des masques ». Toujours… querelle de clocher. Ce n’est pas moi, c’est l’autre. Un coupable à tout prix, pourquoi pas ? Tout de même, des questions me turlupinent. Pourquoi a-t-on laissé fermer, en 2018, une entreprise française, installée en Bretagne ? A ce qu’elle parait, elle pouvait en fabriquer jusqu’à 20 millions par mois. D’ailleurs, elle a été rachetée par le groupe américain Honeywell, qui a fini par l’abandonner, pour retourner chez lui, dans son pays. Aux dernières nouvelles, le groupe a investi dans une usine de Rhodes Island. Une usine de fabrication de masques… made in America.

Au compte goûte …

C’est désormais un fait : le masque est devenu le trésor que toutes les Nations s’arrachent. Quitte à tomber dans les bras de Cuba, le pays honni. Ou à faire les yeux doux à la Chine. Ou encore à se retourner contre ses anciens alliés. Après tout, nous sommes en guerre. Et, en temps de guerre, tous les coups sont permis : pas d’amis, pas d’ennemis : il faut vaincre. Et dans ce jeu mortifère, les américains ont souvent une longueur d’avance ! Pas Macron, tête-en-l’air, qui a laissé filer de grosses commandes de masque sur le tarmac des aéroports chinois, chopés par des yankees, sous la férule d’un Trump affairiste et toujours prêt à guerroyer. Après tout, c’est la loi du bazar qui l’impose. Façon chalands et marchands dans un souk à la criée, de Hammamet, Marrakech ou Ghardaia où les marchands de tapis sont toujours chaleureux avec le client… le plus offrant. En tous cas, la course au masque ne s’embarrasse pas d’amitiés. Et pendant ce temps, les français se retournent vers Leboncoin pour s’en procurer. Il suffit de choisir la taille, la couleur et le goût, et hop…  c’est livré ! On achète des masques comme on achèterait la dernière pièce unique chez un antiquaire.

Mais pas de panique : les masques commandés par le gouvernement – pour 1, 5 millions d’euros -,  ont commencé à arriver en France. Mais au compte goûte. Et quand ils sont transportés dans les hôpitaux- au compte goute toujours -, il parait que les cargaisons sont escortées par des policiers lourdement armés. Pas question de se faire avoir, encore une fois, par des voleurs sans scrupules. De quoi faire rougir les transporteurs de fonds. Non, mais sérieux ?! On a l’impression de vivre sur une autre planète. Et de faire un retour dans la période de pénurie, qui a suivi la fin de la deuxième guerre. Pour ma part, ça me renvoie dans mon enfance algérienne des années 80.  A l’époque, le moindre achat déclenchait des files d’attentes de plusieurs centaines de mètres, devant les souks El Fellah, l’ancêtre de Carrefour local.

 

Mais on déconfine ?

Tiens, je vais vous faire une confidence. Dès les premiers cas enregistrés à Wuhan, en Chine, j’ai succombé à la frousse et j’ai acheté un paquet de masques. Depuis quelques jours, ma femme veut me prendre par le col et me trainer devant le centre de soin le plus proche, pour les offrir au personnel soignant. « Les médecins en ont plus besoin », m’a-t-elle dit. « Demain, je le fais ! », ai-je promis. Mieux : j’ai même juré de sortir ma vieille machine à coudre, pour en confectionner d’autres. Je vous entends ricaner, mais c’est sérieux ! Je devais vraiment m’y mettre. Après, je ne sais quelle mouche a encore piqué ce bon jeune Macron. Le soir même, il a déboulé sur les plateaux, pour annoncer son début de confinement, à partir du 11 mai. Mais attention … « tous les français doivent porter un masque au moment du confinement et même après », a précisé Philippe. Pas Edouard, mais l’autre…  Juvin, star des JT et chef des urgences de l’hôpital européen Georges Pompidou. Du fait de la propagation du virus par les postillons, mais aussi par une suspension en l’air, a-t-il expliqué, le port du masque est primordial pour tous, si l’on veut se protéger et protéger les autres.

Du coup, je ne sais pas trop si je dois les garder ou les donner. La décision sera prise par ma femme, sur notre canap suédois, avec un thé à la menthe chinois, devant une chaîne algérienne

Leco en image

Full Moon

Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

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