Les diplomates adorent l’air des montagnes suisses. Le Bürgenstock, ses sommets enneigés, son calme lénifiant… Idéal pour emballer du vide dans du papier de soie. À la mi-juin, on nous a donc vendu un « protocole d’accord historique » visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient. Mais les accords ne raccordent que ceux qui sont vraiment d’accord.
Moins de dix jours plus tard, la belle messe s’est transformée en pétard mouillé dans le détroit d’Ormuz. Les missiles iraniens se sont brusquement remis à fonctionner, le cargo Ever Lovely puis le pétrolier KIKU se sont arrêtés de ronronner au contact de projectiles qui ont soufflé leurs passerelles, et la vérité éclate enfin : sous le soleil des stations de luxe, il n’y a jamais eu le moindre traité. Juste un monumental marché de dupes où chacun est venu planquer ses petites fiches de calcul.
Au fond du fond, cette table de négociation n’était qu’un paravent pour cyniques. Personne n’avait l’intention de signer la paix, mais tout le monde avait un plan pour cette fameuse phase de 60 jours de négociations, censée aboutir à un accord final d’ici à la mi-août 2026.
L’Iran joue l’art du péage. Pour les mollahs, le chaos de la guerre est une aubaine financière. Rouvrir officiellement le détroit d’Ormuz à la faveur du protocole, c’était surtout l’occasion d’installer une douane exclusive. Les navires qui n’empruntent pas la route validée par Téhéran se voient privés de « garanties de passage sécurisé ». Comprendre : ils finissent ciblés par les Gardiens de la révolution.
L’Iran ne cherche pas la paix, il monnaye le droit de passage dans son couloir maritime. Un chantage au baril à peine déguisé qui s’est traduit par l’attaque du cargo Ever Lovely le jeudi 25 juin.
Les calculettes du Golfe : à chacun son double jeu
Washington joue la sortie des artistes. Pour Donald Trump, embourbé dans un Moyen-Orient ingérable, le Bürgenstock devait offrir une « Bérézina dans l’honneur ». L’idée était de simuler un accord pour amorcer un retrait militaire sans trop perdre la face, tout en criant au génie diplomatique. Pas de chance, au premier navire chatouillé par Téhéran, le naturel revient au galop.
Trump a tonné contre une « violation stupide » et les Américains, plongés dans une logique dite de riposte, se sont laissé chuter : d’un côté, les navires attaqués, de l’autre, la riposte massive du vendredi 26 juin, l’US Air Force bombardant par des frappes aériennes les sites de missiles, de drones et les radars côtiers sur le territoire iranien, provoquant de lourdes explosions à Sirik. Chassez le cow-boy, il revient au triple galop.
Les Européens restent les dindons de la farce. Comme d’habitude, les cocus de l’histoire parlent français, allemand ou anglais. Venus applaudir la « désescalade », les Européens regardent aujourd’hui le trafic s’effondrer et se préparent à ce qu’ils font de mieux : casser la tirelire. Pour faire passer leurs navires marchands sans qu’ils finissent en morceaux comme le KIKU, il va falloir payer des primes d’assurance exorbitantes ou contourner par des routes hors de prix.
Le constat en chiffre : Mercredi, 57 navires pavoisaient dans le détroit. Ce vendredi, ils n’étaient plus que 29, la moitié rasant les murs côté omanais. Voilà la gueule de la paix suisse.
En langage un peu parcimonieux, cela s’appelle un cessez-le-feu en carton-pâte. Le compte à rebours des 60 jours menant à la mi-août a déjà un goût de plomb. Personne ne veut céder, et surtout pas les militaires sur le terrain qui ont sagement attendu que les diplomates rentrent chez eux pour reprendre les affaires courantes. Pour le moment…





