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Le kabyle qui blasphème à visage découvert

 Il faut avoir des tripes en kevlar pour chanter Allah Wakber dans l’Algérie des années 1990. Et il faut s’appeler Matoub Lounès — insoumis par nature, kabyle jusqu’à l’os, laïc par provocation — pour oser détourner le cri sacré des minarets en crachat lancé à la figure des bigots, des fanatiques et des chefaillons barbus.

 

Dans cette chanson, Matoub ne récite pas une prière. Il vomit un monde. Il crache sur les faux dévots, les vendeurs de paradis fiscaux et spirituels, ceux qui ont fait de la religion un cartel d’oppression mentale. « Allah Wakber » : chez lui, c’est un slogan vidé de sa piété, transformé en marteau contre les crânes obtus qui confondent foi et camisole.

 

Blasphème ? Non. Chirurgie à vif

Pas besoin de tendre l’oreille : tout est là, tranchant comme un scalpel kabyle. Le poète dénonce une société ligotée, lobotomisée par des « cheikhs » de pacotille qui prêchent la soumission, condamnent la musique, mais bénissent les tanks et les kalachnikovs. Une élite cléricale ventrue, complice de la junte militaire, dont les barbes poussent aussi vite que les comptes bancaires.

 

Matoub ironise, raille, taille dans le sacré avec une jubilation presque sadique. Il n’a peur ni de Dieu, ni des hommes. Surtout pas des premiers quand les seconds se prennent pour lui.

 

Dieu, les barbus et les cravates

Derrière le refrain, Matoub attaque une double imposture : celle des islamistes qui veulent gouverner au nom du Coran, et celle du régime algérien qui les laisse faire tant que le peuple prie au lieu de penser. Il démonte l’alliance du sabre et du chapelet, du mukhabarat et du minbar. Les uns enferment les corps, les autres les âmes. Lui veut briser les deux chaînes.

 

Car Allah Wakber, c’est une chanson contre l’obscurantisme, mais aussi contre l’État, ses préfets en burnous, ses préfets en costume. C’est une chanson qui dit : foutez-nous la paix avec vos dogmes et vos doctrines, vos fatwas et vos funérailles télévisées.

 

Matoub, l’anti-prophète

On l’a traité d’apostat, de traître, de chien. On a essayé de l’assassiner en 1994. On l’a abattu en 1998. Mais même criblé de balles, sa voix hurle encore. Dans Allah Wakber, il signe un acte de guerre contre l’ignorance sanctifiée. Il fait de la provocation une méthode, de l’athéisme une arme politique, du rire une guérilla.

 

Sa chanson n’est pas une critique de l’islam, c’est une gifle aux marchands de piété. Pas un blasphème, mais un exorcisme. Pas une insulte à Dieu, mais un doigt d’honneur à ceux qui parlent en son nom pour interdire la vie.

 

Et maintenant ?

Aujourd’hui encore, Allah Wakber n’est pas diffusée sur les ondes algériennes. Elle circule sous le manteau, dans les taxis, sur Telegram, entre deux gorgées d’anisette. On la chante à mi-voix, le regard en coin. Car en Algérie, critiquer la religion, c’est marcher sur des braises — surtout quand elles sont allumées par des mollahs en treillis.

 

Mais les plus jeunes la redécouvrent. Et dans leurs casques, dans leurs soirées entre deux coupures d’électricité, la voix de Matoub revient, rauque, libre, impardonnable. Un mort qui fait plus de bruit que tous les vivants réunis.

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Borderline est une émission du Correspondant, présentée par Tristan Delus. Cette fois, il vous emmène en mer de Chine, à la découverte de l’une des fêtes les plus folles du monde, pour la pleine lune : la Full Moon Party. Chaque mois, ils sont des milliers à s’y rendre, ils viennent de France, d’Amérique ou du Moyen Orient. Avec une seule règle : s’éclater jusqu’au lever du jour. Et sans modération !

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