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Lepen : Et pourquoi pas une médaille pendant qu’on y est ?

En France comme ailleurs, détourner quelques milliers d’euros, c’est la prison ferme. Une fraude aux aides sociales ? Vous finirez entre les mains d’un procureur. Une petite magouille à la CAF ? Le bracelet électronique vous tend les bras. Mais détourner quatre millions d’euros de fonds publics européens, comme dans le cas de Marine Le Pen ? Là, c’est une autre musique : on parle de grâce présidentielle. De quoi donner le tournis à un voleur de mobylette.

 

Marine Le Pen vient d’écoper de cinq ans d’inéligibilité, quatre ans de prison (dont deux sous bracelet électronique, parce que quand même, on n’est pas des monstres), et 100.000 euros d’amende. Le tout pour avoir généreusement puisé dans la caisse européenne, entre autres pour faire bosser des assistants parlementaires du RN, apparemment très occupés à… ne pas travailler pour l’Europe.

 

Et que se passe-t-il à peine le jugement prononcé ? Des voix s’élèvent, indignées non pas par la fraude, mais par la condamnation. L’ancien conseiller de Sarkozy, Henri Guaino, en tête, supplie Emmanuel Macron de « sauver la démocratie » en graciant Marine Le Pen. On aura tout vu : voler l’argent public serait désormais un acte démocratique. À ce niveau-là, ce n’est plus une ligne rouge qu’on franchit, c’est un festival de feux d’artifice au-dessus de la Constitution.

 

La grâce n’efface pas l’inégibilité

Rappelons qu’un président de la République peut, selon l’article 17, gracier qui il veut. Il n’a même pas besoin de se justifier. Un claquement de doigts, trois signatures, et hop : adieu bracelet, au revoir amende. Sauf que — et c’est un détail qui a son importance — la grâce n’efface pas l’inéligibilité. Pour ça, il faut une amnistie. Et là, c’est le Parlement qui doit voter. Autant dire que ce n’est pas gagné, sauf si le RN parvient à convaincre une majorité de députés que voler 4 millions, ce n’est finalement pas si grave.

 

Et pendant ce temps, combien d’anonymes ont vu leur vie brisée pour une fraude bien plus modeste ? Les Prudhommes débordent de dossiers pour des licenciements abusifs de personnes ayant osé prendre un jour de congé non autorisé. Les tribunaux croulent sous les affaires de petits contribuables étranglés par des redressements fiscaux sans pitié. Mais pour les puissants, les bien nés, les Le Pen, Sarkozy et consorts ? La justice devient une formalité administrative, avec option rattrapage en appel et parachute doré médiatique.

 

Et les autres alors ?

Si l’on doit gracier Marine Le Pen, alors il faut aller jusqu’au bout de la logique. Une loi d’amnistie générale, peut-être ? Pourquoi pas rouvrir les dossiers de Sarkozy, Cahuzac, Fillon, Balkany ? Rendons leur légion d’honneur, tant qu’on y est. Et pendant qu’on y est, peut-être faire de Jérôme Kerviel le prochain gouverneur de la Banque de France ?

 

Le discours est connu : « On ne va pas priver les Français d’une alternative politique ». Mais quelle alternative représente un parti qui, décennie après décennie, patauge dans les affaires judiciaires comme d’autres dans des flaques de boue ? La démocratie, ce n’est pas sauver un candidat à tout prix. C’est garantir que ceux qui prétendent à la magistrature suprême soient exemplaires. Pas simplement éligibles, mais dignes.

 

Un joker pour les milliardaires du populisme

Le pire, c’est qu’on ne s’indigne même plus. On s’habitue. On regarde ces appels à la grâce avec un haussement d’épaules. Comme si c’était normal. Comme si la justice était un outil politique, qu’on range ou qu’on active selon la météo des sondages.

 

Mais que reste-t-il de la République quand la grâce présidentielle devient un joker pour milliardaires du populisme ? Un système où l’on demande à un président en fin de mandat de blanchir sa principale adversaire pour qu’elle puisse, peut-être, lui succéder ? Voilà donc notre démocratie, suspendue à un pacte faustien entre adversaires institutionnels.

 

La démocratie n’a pas besoin d’un pardon royal. Elle a besoin d’un peu de décence, d’un soupçon de justice égale, et d’une mémoire collective qui ne confond pas urne électorale et blanchisseuse à grande vitesse.

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