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Poutingrad

Moins de 15 jours après le début des bombardements sur l’Ukraine, le « monde libre » doit se l’avouer : sa « croisade » contre Poutine est un échec. Chacun de ses appels, pour faire plier la Russie, devient un prêche dans le désert. D’Amérique Latine à l’Asie, jusqu’aux confins de l’Afrique, ses SOS, « pour sauver les ukrainiens », ne fonctionnent que ses alliés. De nombreux pays du monde préfèrent les chars russes à la paix occidentale, en dépit de l’orage qui gronde et des missiles qui pleuvent sur les villes ukrainiennes.

 

Les masques sont tombés, ce 2 mars, au siège des Nation Unis. Les grands de ce monde se sont prononcés sur une résolution, qui exige le retrait des forces russes de l’Ukraine. Sans exception, les pays occidentaux ont voté contre la guerre. Mais plusieurs pays se sont ralliés à la voix du Kremlin, comme la Corée du Nord ou la Biélorussie. D’autres, en bons maîtres de la confusion, se sont abstenus ou absentés. Mais personne n’est dupe : en pareilles circonstances, qui ne dit rien joue en faveur de la Russie.

 

En tête de gondole, la Chine souffle le chaud et le froid : certes, à l’Onu, elle a refusé de décliner sa voix, mais la guerre ne semble pas l’émouvoir : les banques russes, lourdement frappées par les sanctions occidentales, ne doivent leur survie qu’au soutien de leurs « consœurs » chinoises.

 

 

Poutine, ce héros…

Même cynisme de la part du Premier ministre Pakistanais, Imran Khan, qui a rendu visite à Poutine, en pleine crise mondiale. Sur le conflit ukrainien, devant les journalistes, il tire au flanc : « Cela ne nous concerne pas … mais nous continuerons à faire affaire avec les Russes ». Son voisin, l’Inde, a refusé le vote, sans pour autant renoncer à ses contrats avec la Russie. Le Maroc et l’Algérie, qui ont frôlé la guerre cet été, portent une seule voix : l’un s’est absenté, l’autres s’est porté pâle, mais, dans leurs pays, à travers leurs médias, les dirigeants se donnent à cœur joie pour convaincre – qui veut bien l’entendre – de la légitimité de la guerre.

 

En Amérique Latine, la Havane, plus bavarde, n’en revient pas qu’on interdise à la Russie de se défendre, face à son « encerclement militaire ». Le Vénézuélien, Nicolas Maduro, a repris mot à mot les arguments du Kremlin. Le Mexique, longtemps traité avec morgue et dédain par « les gringos », ne veut pas « sanctionner la Russie ». Le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, avait imputé toute la responsabilité de la guerre aux actions du grand Satan. Les Irakiens, détroussés par l’occupation américaine, se sont prononcés pour la guerre. La Syrie de Bachar El Assad, qui ne doit sa survie qu’à Poutine, fait bloc derrière son « sauveur ». Tout comme l’Afrique du Sud, l’Érythrée, le Mali, la Bolivie, le Vietnam ou la Birmanie.

 

C’est évident : la « guerre » des Alliés a créé un cordon ombilical autour de la Russie, comme plusieurs corps liés par une seule âme. Que s’est-il passé ? Certes, ils sont nombreux, dans les pays du tiers monde, ceux qui haïssent l’Occident. Mais chez eux, qu’avait apporté le grand libérateur de l’Ukraine ? La guerre, les menaces, les sanctions économiques. Qu’a fait la Russie ? La plupart du temps, Poutine est intervenu pour leur permettre de tenir le choc. D’où son image d’homme de la providence. Aujourd’hui, nos correspondants dans le monde en font le même constat : Poutine est toujours sacralisé. On l’héroïsme, on l’adule, on l’acclame. Et qu’importe la tempête de missiles qui terrasse l’Ukraine, ce pays qui a mangé des mains de Bush, pendant la guerre d’Irak…

 

« Poutine, un djihadiste… »

En face, de ce côté-ci de la planète, l’heure n’est pas à l’examen des responsabilités, mais à une riposte ferme face à Poutine. Via Bfm, Cnews, Lci, France Info, France Inter … les commentateurs tirent à hue et à dia. Tout y est : que la Russie a lâché sa cavalerie pour écraser le peuple ukrainien ; que sa volonté est d’annexer le pays ; que ses arguments sortent droit des mensonges du KGB ; que la Russie, dans sa profonde intention, finira par lâcher le rouleau compresseur sur l’Europe occidentale, pour l’occuper et l’avilir.

 

Ainsi, la guerre d’Ukraine devient une croisade contre la démocratie, Poutine l’incarnation même de cette guerre. En parlant de lui, aucun qualificatif n’a échappé au dictionnaire de la bonne société de la télé : voyou, bourreau, dictateurs, malade mental… Bernard-Henri Lévy, comme à son habitude, ne s’est pas empêché de surfer sur la peur de l’islamisme pour lui tailler une seyante djellaba : « Vladimir Poutine est plus puissant que n’importe quel califat islamique ». Décidément… rien n’est de trop pour charger l’ennemi. Renforcer la fibre antirusse. Chaque jour, les enchères montent, l’info se confond dans l’opinion, l’opinion devient l’info… La propagande.

 

Mais hormis ces tirs de barrage médiatiques, qu’a-t-on fait vraiment pour freiner le galop de la guerre ? Beaucoup de bruits et peu d’actes. Juste le minimum syndical pour montrer qu’on n’a pas baissé le froc, que le monde libre tient debout, toujours fort. D’ailleurs, si besoin de preuves, regardez en Roumanie, les chars de l’Otan sont en embuscade. En Italie, un Yacht, qui appartient à un oligarque russe, vient d’être saisi. Là-bas, à Brest, un bateau russe est immobilisé par les gardes côtiers français. L’Angleterre met à la porte les banques russes de son système bancaire. Partout, des personnalités russes sont persona non grata. En Australie, Poutine lui-même est frappé d’une interdiction d’entrée sur leur territoire. Ca et là, interdiction de transférer des puces électroniques vers la Russie, embargo sur le matériel technologique ou informatique, blocus dans le domaine aéronautique et automobile.

 

L’objectif étant d’asphyxier l’économie russe, dixit les grands de ce monde. Mais que s’est-il passé après la mise en garde de Dmitri Medvedev, vice-président du conseil de sécurité russe : « L’histoire nous a appris que toutes les guerres économiques se sont transformées en vraies guerres » ?  Volte-face immédiat de certains pays européens, comme la Bulgarie, l’Allemagne et les Pays-Bas, qui trouvent, soudain, inconcevable de se passer du gaz russe.

 

Même basculement des autres capitaines de ce monde – après la déclaration de Vladimir Poutine, début février 2022, qui a agité la menace nucléaire, en cas où l’on « viendrait interférer dans le conflit » : les américains écartent toute intervention militaire, l’Otan supplie qu’on l’oublie, le quai d’Orsay répète à l’envie que « la France n’est pas en guerre » et le « machin » tire sa révérence.

 

Solidarité tarifée.

Ce n’est qu’à ce moment que l’on s’avise que la solidarité européenne n’ira pas au-delà du folklore habituel : manifestations anti-guerre, aides humanitaires, accueil des réfugiés. Et encore… voici quelques jours, l’ambassadeur polonais en France a lâché un « aveu » comme rot : son pays serait prêt à offrir le gîte aux transfuges ukrainiens, à condition d’encaisser l’enveloppe des 30 milliards promises par l’Union Européenne.

De la solidarité tarifée, donc.

 

Quant aux Britanniques, premiers de la classe dans la fermeté anti-Poutine, font le coup de la panne administrative : dans le nord de la France, le dossier du centre de demande de visas pour les victimes ukrainiennes est toujours en dessous de la pile, à Londres. Autre signe de ce « dégonflement », des voix « pilonnent » le président ukrainien, Volodymyr Zelenski. Mais quel crime n’a-t-il donc pas commis, lorsqu’il a demandé une zone d’exclusion aérienne ? Une internaute française n’en revient pas : « L’horreur de cette guerre, écrit-elle, ne suffit pas à ce que le président ukrainien menace l’Europe de l’apocalypse, si elle n’intervient pas et n’entre pas dans le conflit, alors que c’est justement son engagement actif qui provoquerait cette apocalypse ». Manquerait qu’à le traduire devant le TPI, pour atteinte au confort du vieux continent…

 

Le nec plus ultra de la guerre

Ces basculements tirent des larmes amères aux Ukrainiens. En quelques heures, plus de 20 civils ont été tués lors des bombardements aveugles sur Soumy ; à Kiev, le siège de la télévision a été pulvérisé par un missile : 5 personnes ont expiré sous les décombres. Bombardées, arasées : Kharkiv, Odessa, Marioupol, Kherson sont passées sous le contrôle russes. Les civils, assiégés, végètent dans la peur et la faim. Kiev est dans l’œil du cyclone : des colonnes russes sont à moins de 30 km de la capitale. Poutine tient ses troupes : aucune défection au sein de son armée. On a appris même que des milices tchétchènes et des mercenaires syriens sont à pied d’œuvre. Ils seront mis à contribution du « plan », notamment la prise des centrales nucléaires ukrainiennes. Pierre angulaire de la stratégie de Poutine, s’accaparer des ressources d’énergie, pour asphyxier la population, la pousser à fuir, avant de lâcher ses machines de guerre sur ceux qui resteront : les combattants. D’où les couloirs humanitaires pour évacuer les civils …

 

Mais le Président Zalensky à son scénario : la militarisation massive de la population, combinée au concours des « brigades internationales ». Un plan parfait. Du moins, sur le papier. En deux semaines, plus de 20 000 volontaires étrangers ont répondu à l’appel. On parle de 63 000 Ukrainiens rentrés de l’étranger pour enfiler le treillis. La mobilisation générale, décrétée au début de la guerre, tient bon. Rares sont les conscrits qui désertent, les Ukrainiens rallient la résistance, on a même vu l’équipe de football de Dynamo Kiev troquer les crampons contre la kalash. A Kiev, on tient bon et on attend la bataille de rues, pour surgir dans l’angle mort de l’armée russe. Ce scénario, à l’évidence, s’inspire des classiques : faute d’avions Falcon et de missiles Stinger, les Ukrainiens se préparent à basculer dans le nec plus ultra des guerres modernes : la guérilla urbaine et rurale. D’où les corridors humanitaires qui ne marchent pas ?

 

Cependant, une chose est en train de rayer cette machine de guerre. Des cohortes de fanatiques nationalistes profitent de cet élan patriotique pour s’armer. Leur crédo n’est pas seulement de casser du Russe, mais de dézinguer tous ces « traîtres » d’Ukrainiens, qui plaident pour l’indépendance des régions Est du pays. Le risque ? Qu’on bascule dans la guerre civile. A partir de ce moment-là, le scénario du « bon Ukrainien » et de la « brute russe » ne tiendra plus : le résistant deviendra le bourreau et l’envahisseur le sauveur. Comme en Irak et en Afghanistan …

 

 

 

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