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Groenland : Washington insiste

En visite officielle au Groenland jeudi 3 avril, la Première ministre danoise Mette Frederiksen a choisi de s’adresser en anglais. Non par courtoisie, mais pour que le message soit entendu sans détour à Washington : « Vous ne pouvez pas annexer un autre pays. »

 

Un rappel direct, presque sec, adressé aux États-Unis, dont les velléités d’annexion du Groenland, désormais assumées, s’habillent du prétexte sécuritaire. Mais Frederiksen ne s’est pas contentée de l’indignation. Elle a opposé des faits : le Groenland est membre de l’OTAN, et le Danemark, allié de longue date, offre déjà un accès militaire étendu aux États-Unis. « Si vous souhaitez renforcer votre présence, nous – et le Groenland – sommes prêts à en discuter. » Autrement dit : sur invitation, pas sur occupation.

 

Depuis les élections groenlandaises du 11 mars, qui ont vu l’émergence d’une coalition de centre-droit autour des Démocrates, la pression américaine est montée d’un cran. Lors de sa visite sur la base militaire de Thulé, unique vestige des 17 bases américaines installées après 1945, le vice-président J.D. Vance s’est montré offensif. Il a reproché au Danemark de délaisser la sécurité du territoire, et laissé entendre que Washington pourrait se montrer plus… généreux que Copenhague en cas d’indépendance groenlandaise.

 

Une proposition à peine voilée de soutien conditionnel, que certains à Nuuk perçoivent comme une tentation d’acheter une souveraineté naissante. À Washington, selon le Washington Post, la Maison Blanche s’interroge déjà sur le coût d’un contrôle direct du Groenland, et sur les bénéfices potentiels de ses ressources naturelles encore peu exploitées.

 

Face à cette offensive douce, Mette Frederiksen a tenu à rappeler que le Danemark n’était pas en retrait. Nouvelles capacités satellitaires, drones longue portée, renforcement naval dans l’Arctique : « Nous respectons nos engagements. D’autres suivront. » Un rappel que la sécurité du Nord est une responsabilité partagée, mais que la souveraineté, elle, ne l’est pas.

 

À Bruxelles, son ministre des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, a profité d’une réunion de l’OTAN pour recadrer directement son homologue américain, Marco Rubio.
« Les déclarations répétées du président américain sur le contrôle du Groenland sont inacceptables. » Une ligne rouge est ainsi tracée : sans le Danemark, et surtout sans le Groenland, il n’y aura pas de discussions sur l’avenir de l’île.

 

Quant à Mikaela Engell, ancienne représentante du Danemark au Groenland, elle y voit un signal attendu : « C’est rassurant pour les Groenlandais de voir Frederiksen sur le terrain. Cette visite permet de poser à nouveau les bases de la coopération. ». Sous-entendu : après les flottements de l’ère Trump, il était temps de reprendre le fil — et de faire comprendre, calmement mais fermement, que le Groenland n’est pas une ligne dans le budget fédéral américain.

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