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28 février 2021

Les virus, la menace silencieuse

Les scientifiques sont unanimes : « une pandémie est comme un séisme : il ne s’agit pas de savoir si ça arrivera, mais plutôt quand ». Depuis que des virus ont pu être observés en microscopie électronique dans les années 1930, les chercheurs tentent de percer leur mystère. S’ils ont réussi à déboulonner la « grippe espagnole », ils se heurtent souvent à des particules résistantes et complexes.

Le sida, la grippe aviaire, porcine, Sras… cette liste se rallonge régulièrement, avec l’apparition de nouveaux pathogènes, très menaçants pour les humains. C’est le cas du coronavirus, dit Sars-Cov2, qui a tissé son venin dans le monde entier. Trois mois après son apparition, en Chine, Sa puissance ne cesse d’étonner les plus éminents des spécialistes, qui ne parviennent toujours pas à élucider ses énigmes : pourquoi infecte-t-il davantage les plus âgés ? Pourquoi se développe-t-il si rapidement dans l’organisme – et parfois mortellement ? Laisse-t-il des séquelles après guérison ? Vient-il du pangolin, des chauves-souris ou a-t-il été pondu par les hommes des labos ? Le Correspondant fait le point et vous apporte un éclairage.

Avant, posons un constat : ce n’est pas la première fois que le monde butte sur un pathogène de cette férocité. Souvenez-vous de la grippe espagnole de 1918 : elle a fait plus 30 millions de morts, c’est aussi le cas de la « « peste noire » de 1348, qui a emporté plus de 50 millions de personnes. On peut aussi citer le Sida et ses 35 millions de cadavres ou encore celle qui est toujours considérée comme la première pandémie grippale de l’ère moderne : la grippe asiatique de 1957. À l’inverse du Covid-19, cette pathologie faisait l’effet d’un simple rhume sur les personnes âgées, alors qu’elle était fatale pour les plus jeunes et les femmes enceintes. Conséquences : 3 millions de morts dans le monde, dont 100 000 dans l’Hexagone. C’était hier, avec des moyens de recherches limités ? Erreur : en 2013, le Mers coronavirus, une infection aiguë des voies respiratoires, s’est propagée en Arabie, aux États-Unis et même en France et a eu raison de plus de 40% des personnes infectées. Idem pour le H7N9, nouveau virus de grippe aviaire ou encore la terrible Ebola, maladie hémorragique, qui tue 90% des personnes contaminées.

 

De l’animal à l’homme

Toutes ces infections ont un point commun : ce sont des zoonoses. Autrement dit, elles viennent de l’animal. En cause, les volailles, les rongeurs, les primates ou les chauves-souris. Reste un constat de taille : en théorie, les virus ne peuvent pas se multiplier par eux-mêmes, car ils ne possèdent pas une machinerie moléculaire complexe. Comment peuvent-ils alors infecter les humains ? Le documentaire « Épidémies, la menace invisible », diffusé sur ARTE en 2014, nous apporte quelques indices sur la multiplication virale. Tout un monde. Pour l’essentiel, le film s’est attelé à expliquer comment le virus s’acharne sur la machinerie cellulaire des animaux pour en faire son aire de jeux. C’est dans les cellules qu’il introduit le génome viral et ce sont elles, les cellules, qui vont ensuite se charger de fabriquer de nouveaux pathogènes.

 

La même opération se reproduit à l’infini : les nouveau-nés vont « féconder » d’autres cellules, les cellules feront plein de petits et ainsi de suite. Résultats : 300 000 virus encore inconnus sont dans la nature, prêts à bondir pour développer leurs souches. Ces souches, souvent de types différentes, peuvent être bénignes ou sévères. Le même virus peut être « gentil » ou « méchant ». Mais les chercheurs sont souvent pris de court et doivent se débrouiller, dans l’urgence, pour pondre un vaccin ou un médicament. La plupart de temps, ils se retrouvent face à un territoire encore inconnu. Rien que pour l’infection Ebola, il aurait fallu plus de 20 ans de recherches, avant de connaître l’origine du virus. En cause, la chauve-souris, celle qui serait aujourd’hui encore responsable du coronavirus. Elle a un système immunitaire qui laisse coi : bien qu’elle héberge des virus mortels pour l’homme, elle ne développe aucun symptôme. En clair, elle est malade, sa maladie tue et sa mort ne découle pas de son virus …

 

La recherche continue

Explication du Professeur, Alain Sobel, immunologue et ancien président du Conseil National sur le Sida : « beaucoup de pathologies virales n’ont pas encore de vaccins comme « l’hépatite C », par exemple. Pour ce qui est du Sida, cela fait plus de 30 ans que l’on cherche, en vain. Le VIH est très mutant et vicieux, c’est pour cette raison que nous n’arrivons pas à faire un vaccin suffisamment efficace et protecteur, avec une immunité solide ». Récemment, la France a débloqué 500 millions d’euros pour encourager la recherche. Aux États-Unis, le gouvernement a déclenché le Plan Marshal : 75 millions de dollars, rien que pour le projet Predict, initié par le docteur Peter Daszak, président d’EcoHealth Alliance, une organisation qui mène des programmes de recherche et de sensibilisation sur la santé.

 

450 accidents par an

Des sommes faramineuses sont investies dans des laboratoires de dernière génération, notamment les P4, qui ont fait des miracles : grâce à leur technologie de pointes, certains chercheurs ont même réussi à percer le comportement malicieux de certains virus, pour comprendre leurs manies, leurs façons de s’implanter dans une cellule ou leurs empreintes génétiques.

D’autres sont même allés jusqu’à créer des virus dans ces laboratoires, pour mieux les analyser. Mais ces méthodes sont controversées. Ces dernières années, plus de 450 accidents ont été enregistrés, comme c’est le cas, le 16 septembre 2019, en Russie, où un laboratoire de recherche, près de la ville de Novossibirsk – là où sont stockés des virus virulents – a été touché par une explosion.

Dans le documentaire d’Arte, « Epidémie, la menace invisible », Patrick Berche, Professeur émérite à l’université de Paris et ancien directeur de l’Institut Pasteur de Lille, revient sur le cas de  Jane Parker. Cette jeune allemande d’une quarantaine d’années travaillait au-dessus d’un laboratoire de haute sécurité, spécialisé dans la recherche sur le virus de la variole. Elle a été contaminée et en est morte au bout de deux ou trois semaines. Elle a même contaminé sa mère et son père. « Voilà un exemple concret d’accident », s’insurge le chercheur, qui s’interroge malicieusement : « pourquoi rendre ultra contagieux un virus, qui ne l’est pas et qui n’y arrive pas. S’il y avait un seul accident, un mort dans un laboratoire, que dirait-on des chercheurs, qui ont créé, à l’instar de Frankenstein, un monstre qui peut éventuellement entraîner une pandémie ».

Le covid-19 n’est pas en reste. Plus récemment, le Professeur Luc Montagnier jette un pavé dans la marre. Selon ce découvreur du Sida, récépendiaire du prix Nobel de Médecine, le covid-19 serait issu d’une tentative de fabrication d’un vaccin contre le virus du VIH. Il reste convaincu qu’il contiendrait des éléments du virus du Sida dans son génome. Bien que cette sortie soit contestée par beaucoup de scientifiques, elle n’en demeure pas moins irréaliste. La polémique ne fait que commencer.

 

Des traitements en perspective

Quoi qu’il en soit, il n’y a pas encore de médicaments ou de vaccins contre le covid-19. Seuls les traitements alternatifs sont proposés aux malades. Comme l’Interféron Alfa 2B, un médicament antiviral développé à Cuba, qui préviendrait l’aggravation et les complications de la maladie. Les Chinois ont d’ailleurs eu recours à cette thérapie. En France, la chloroquine – un antipaludéen – développée par le Dr Didier Raoult de l’IHU de Marseille Méditerranée Infection, semble faire ses preuves. Mais, sur ce sujet, la communauté scientifique, divisée, est engagée dans un puissant duel, qui soutient la thérapie du virologue marseillais, qui ne rate pas une occasion pour le bastonner. Comme Alain Sobel : « Raoult est très spécial, dit-il. C’est un monsieur qui a beaucoup truqué. Il déclare qu’il a publié 3 000 articles. Ce qui est impossible. Sur le Sida, il a été très mauvais c’est pour cela que je suis très réticent. Sa crédibilité sur la chloroquine, que j’ai moi-même beaucoup prescrit à mes patients, me paraît très contestable. Les meilleurs experts ont vite déduit que l’étude qu’il avait faite à Marseille sur des patients n’était pas fiable et pas assez précise ».

En tous cas, cette affaire n’a pas fini de défrayer la chronique. Mais le coronavirus continue à remplir des cimetières. Déjà deux millions de personnes contaminées dans le monde et près de 200 000 morts. Mais la fin de ce terrible épisode – quand elle arrivera – ne marquera pas pour autant la fin des pandémies. Car l’humanité est entourée de virus. Il est même probable que des maladies, dites « éradiquées », reviennent dans les régions pauvres et oubliées. Pour se répandre, ensuite, dans les pays occidentaux. Est-ce qu’enfin les gouvernements sauront prendre la menace virale au sérieux

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