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Algérie : « Faux candidats, fausses élections, faux présidents… »

Alors qu’il est interdit de toute forme d’expression publique, l’opposant algérien, Karim Tabou, maintes fois arrêté et incarcéré dans son pays, rompt le silence. A l’approche de l’élection présidentielle anticipée du 7 septembre prochain, en Algérie, il dénonce « un système politique obsolète, politiquement incompétent et stérile, historiquement disqualifié, moralement condamné… ». Opinion

 

J’ai accompli ce matin l’obligation de signature sur le registre de mon contrôle judiciaire au niveau de la caserne relevant de la sécurité intérieure.

 

Bien que je sois interdit, arbitrairement, du droit à l’expression, une mesure en flagrante violation de mes droits constitutionnels, de mes libertés et de mes droits civiques, prise dans le cadre de mon contrôle judiciaire m’interdisant d’écrire et/ou d’exprimer mes opinions politiques, je considère le fait d’écrire et de diffuser ce billet bien plus qu’un acte de résistance à l’arbitraire. Il s’agit d’un devoir pour qu’un tel précédent ne soit pas utilisé comme habillage « judiciaire » à la mise aux enchères de nos libertés.

 

Je rappelle à l’opinion publique qu’il n’y a aucune décision judiciaire prise à mon encontre et qui me déchoit de mes droits politiques et civiques. Il ne s’agit que d’une dérive judiciaire, parmi tant d’autres, en porte à faux avec l’esprit de la justice qui, sous d’autres latitudes, est garante de la liberté. Conjoncture oblige, j’ai décidé donc de consacrer mon billet politique de cette semaine au scrutin du 7 septembre 2014.

 

De tous les scrutins organisés depuis l’indépendance en 1962, celui prévu pour le 7 septembre prochain s’annonce comme singulier dans les annales politiques et médiatiques de notre pays. Le constat est presque unanime en dehors des cercles intéressés et clientélistes : une campagne électorale fade, sans reliefs, des plus infamantes, vide de toute substance politique. Son déroulé ressemblait à une véritable pétaudière où se disputent clowns, agitateurs, idiots utiles, amuseurs de galeries, aux discours indigents et infantilisants.

 

Aucun traître mot sur les violations à la pelle des droits de l’Homme, des libertés, du verrouillage politico-médiatique, de la militarisation projetée de l’administration, de l’Etat de la justice, de l’école et de l’université, de la régression culturelle, de la fuite des cerveaux, des mécanismes de lutte contre la corruption…

 

Le mensonge a atteint l’outrance. Les promesses électorales ont dépassé l’entendement et les chiffres prononcés notamment en matière de croissance économique du pays, du taux du chômage, de la récolte céréalière, de la construction automobile …laissent perplexes les plus chevronnés et les plus avertis des milieux économiques.

 

Sur le plan diplomatique, le pays est au cœur d’une tempête sans précédent. La pagaille est générale. Faute de vision stratégique et proactive, l’improvisation et l’approximation dont fait preuve l’appareil diplomatique, dont l’action est plombée par la situation interne, fait courir au pays un risque d’isolement absolu sur la scène internationale !

 

Une diplomatie bureaucratisée, populiste, encore accrochée aux slogans des années 70 et qui peine à s’adapter aux mutations du monde.

 

L’appel lancé par le chef de l’Etat – ministre de la défense, candidat assuré de sa propre succession -, aux autorités égyptiennes pour ouvrir les frontières et permettre à l’Armée algérienne d’acheminer des aides aux Ghazaouis, qui subissent depuis des mois une guerre d’épuration religieuse et d’extermination ethnique, a soulevé un tollé médiatique en Egypte et dans le monde et une indignation des palestiniens eux-mêmes, qui trouvent que de tels propos sont excessifs, démagogiques et sans consistance !

 

Aucune doctrine politique ou idéologique ne peut et ne doit tolérer l’exploitation et l’instrumentalisation des souffrances d’un peuple meurtri dans des joutes électorales et dans des calculs bassement politiciens. Les palestiniens, en proie au feu et à la famine, méritent bien mieux que la démagogie des slogans pompeux.

 

L’autre affirmation du chef de l’Etat, dans une de ses sorties électorales, selon laquelle l’Algérie a réalisé une performance économique en 2024, qui l’a propulsée au rang de troisième puissance mondiale montre l’étendue de l’indigence avec laquelle sont gérées les affaires de l’Etat et l’autisme de nos dirigeants.

 

Aveuglés par leur obsession pathologique pour se maintenir au pouvoir, les dirigeants du pays, entourés de charlatans politiques et de clowns, sont en train d’infliger au pays l’une des plus dramatiques épreuves politiques de son histoire et dont les conséquences sur son aura et son image seront encore plus désastreuses.

 

Bien qu’elle porte gravement atteinte à l’honneur du pays et à son capital historique, cette infantilisation a le mérite de donner la preuve tangible de l’arrivée à sa date de péremption d’un système politique obsolète, politiquement incompétent et stérile, historiquement disqualifié, moralement condamné, dont la régénérescence relève de l’utopie.

 

Nous sommes probablement à la veille de l’ultime étape du grand tamisage politique et historique opéré depuis un certain 16 février 2019, à Kherrata. Cette décantation finira inéluctablement par l’avènement d’un Etat démocratique débarrassé de toutes les impostures et tous les « faux » : Faux candidats, faux présidents, fausses élections, faux partis, fausse société civile, faux médias ….etc

 

 

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