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Le Maroc a-t-il déjà lâché le MAK ?

Longtemps instrumentalisé par le Maroc dans sa rivalité avec Alger, le MAK (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie) semble aujourd’hui devenu un fardeau diplomatique. À l’heure où Rabat cherche à verrouiller le dossier du Sahara occidental, la cause kabyle apparaît sacrifiée sur l’autel de la realpolitik maghrébine, révélant l’extrême volatilité des alliances régionales.

 

Dans les couloirs de la diplomatie maghrébine, là où les principes servent surtout de décors et où les causes s’échangent comme des jetons de poker, un lourd déplacement de ligne semble s’opérer. Le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), longtemps instrumentalisé par Rabat comme un levier commode contre Alger, donnerait aujourd’hui l’impression d’être rangé au placard, sinon sacrifié, au nom d’une priorité jugée plus stratégique : le Sahara occidental. Un revirement qui, sous ses airs pragmatiques, révèle surtout l’inconstance des alliances régionales et laisse un mouvement kabyle déjà fragilisé face à une solitude encore plus brutale.

 

Le MAK, variable d’ajustement d’une rivalité maroco-algérienne

Pendant des années, le Maroc a entretenu un soutien discret mais réel au MAK, fondé en 2001 par Ferhat Mehenni et revendiquant l’indépendance de la Kabylie, région amazighe du nord de l’Algérie. Ce soutien ne relevait ni d’un romantisme berbère ni d’une soudaine passion pour le droit des peuples, mais d’une logique de représailles bien rodée : à l’appui algérien au Front Polisario répondait l’agitation de la question kabyle. À l’ONU, dans les salons feutrés des conférences multilatérales, la Kabylie devenait un mot qu’on prononce à voix haute quand le Sahara occidental surgit dans la conversation.

 

En mai 2024 encore, la diplomatie marocaine réaffirmait son attachement au « droit à l’autodétermination des Kabyles », déclenchant l’ire d’Alger. En 2021, l’Algérie rompait purement et simplement ses relations diplomatiques avec Rabat, l’accusant de collusion avec le MAK.

 

Ce soutien ne se limitait pas aux déclarations de circonstance. Les cadres du MAK bénéficiaient d’une exposition médiatique régulière dans des médias marocains. En 2022, la censure d’un entretien de Ferhat Mehenni sur CNews  avait même suscité une réaction outragée de Rabat, prompt à défendre la liberté d’expression — du moins quand elle sert ses intérêts. Des partis marocains proches du Makhzen exprimaient ouvertement leur sympathie. En janvier 2023, après la réélection de Mehenni à la tête du MAK, certains appelaient à porter la question kabyle devant les Nations unies, miroir assumé du soutien algérien au Polisario. Influenceurs, commentateurs et tribunes improvisées dessinaient les contours d’une Kabylie indépendante, sans que Rabat n’aille toutefois jusqu’à une reconnaissance officielle : le symbole suffisait, l’engagement aurait coûté trop cher.

 

Alger contre-attaque : le Rif comme miroir kabyle

L’Algérie, de son côté, n’a jamais laissé un coup sans réponse. À la Kabylie répond le Rif. À l’autodétermination amazighe algérienne, la cause rifaine marocaine. En mars 2024, l’ouverture à Alger d’un bureau du « Parti nationaliste rifain », organisation fondée en Belgique en 2023, marque une escalade assumée. Rabat parle de « provocation grave ». Les analystes du Crisis Group, en novembre 2024, y voient une stratégie algérienne méthodique visant à exploiter les fissures internes marocaines.

 

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