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Alger : La victoire cosmétique du soldat Royal

Ségolène Royal, lors d'une conférence de presse, vendredi 30 janvier, à Alger, évoque l'affaire du journaliste Christophe Gleizes
Ségolène Royal, lors d'une conférence de presse, vendredi 30 janvier, à Alger, évoque l'affaire du journaliste Christophe Gleizes

À Alger, Ségolène Royal savoure le « succès » du transfert du journaliste Christophe Gleizes… vers une prison un peu plus près d’Alger. On attend le communiqué officiel célébrant le rempotage de plantes vertes dans les couloirs de la prison. 

 

Cocorico diplomatique. Ségolène Royal a « obtenu » le transfert. Énorme réussite. Du très haut niveau. Presque du Congrès de Vienne, mais avec des barreaux.

 

Vendredi, l’ancienne ministre française, aujourd’hui présidente de l’Association France-Algérie, a rendu visite au journaliste français Christophe Gleizes, détenu depuis juin et condamné à sept ans de prison pour “apologie du terrorisme”. À l’issue de l’entrevue, elle annonce avoir décroché son transfert depuis la prison de Tizi-Ouzou, à une centaine de kilomètres à l’est d’Alger, vers un établissement pénitentiaire à 30 km de la capitale.

 

70 km de gagné. Champonnet. Enfin… pas tout à fait : le journaliste n’a pas été libéré, ni rejugé, ni même entendu. Il a simplement changé de prison. Direction un établissement flambant neuf, bien carrelé, aux murs encore frais. Car celle de Tizi-Ouzou, où il a passé plusieurs mois, était tout bonnement… trop authentique.

 

Alger, pragmatique, a donc opté pour une solution moderne : le marketing pénitentiaire. On ne libère pas, on relooke. On ne corrige pas l’injustice, on repeint la cellule. Version béton ciré des droits de l’homme.

 

Ségolène Royal se félicite du geste. Le transfert, explique-t-elle, permettra de rapprocher le détenu de sa famille et de faciliter les visites. Elle remercie au passage les autorités algériennes pour ce qu’elle qualifie de “geste humanitaire”. Il est vrai que, jusqu’ici, Christophe Gleizes n’avait reçu que ses parents et le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque franco-algérien d’Alger. Autant dire une fréquentation dangereusement subversive.

 

Mais le cœur du problème n’est évidemment pas là. Il n’est ni dans le matelas, ni dans la cour de promenade. Il est dans la condamnation elle-même.

 

Que reproche-t-on au journaliste ? D’avoir rencontré des responsables du MAK, mouvement autonomiste kabyle que les autorités algériennes classent comme organisation terroriste. Un argument qui défie à peu près toutes les normes du journalisme — et, accessoirement, le bon sens.

 

Car le métier de journaliste consiste précisément à faire cela :
rencontrer ceux que le pouvoir ne veut pas entendre,
aller là où les autorités ne vont pas,
parler à ceux qui refusent de parler aux autres.

 

C’est le b.a.-ba du métier

 

Une interview n’est pas un interrogatoire.
C’est un outil d’information, pas une complicité.
Sinon, il faudrait emprisonner la moitié des reporters de guerre de la planète — et construire quelques prisons neuves.

 

En criminalisant cette pratique, le régime algérien s’attaque à l’essence même du journalisme. Mais peu importe : Ségolène Royal est satisfaite. Elle a « obtenu » le transfert. Rien d’autre, officiellement.

 

Lors de sa visite, elle décrit un détenu « aussi serein que possible », qui lit beaucoup — notamment des ouvrages sur l’Algérie —, fait du sport, et n’exprimerait « aucune acrimonie ni ressentiment ». Elle assure avoir appuyé la demande de grâce formulée par la famille lors d’un entretien avec le président Abdelmadjid Tebboune, à son arrivée à Alger.

 

Traduction simple : Ségolène Royal — ancienne ministre, vieille briscarde de la politique, ex-compagne d’un ancien président de la République — n’intervient pas pour faire de la figuration. Christophe Gleizes n’est pas un prisonnier comme les autres.

 

C’est un prisonnier politique.

Preuve s’il en fallait une : Gleizes est le seul détenu rencontré, alors que les prisons algériennes regorgent de Franco-Algériens du droit commun, invisibles et silencieux.

 

D’où une question, presque inquisitrice : qu’a-t-elle obtenu, au-delà du fameux transfert ?
Et surtout : qu’a-t-elle proposé en retour ?

 

Car le contexte est lourd : plus d’ambassadeurs, un agent consulaire algérien incarcéré en France, des tensions ravivées par une émission de Complément d’enquête jugée « injurieuse » par Alger. Dans ce climat, autoriser la visite d’une ancienne ministre française devient, selon ses propres mots, un « signal considérable ».

 

Un message pour Paris. Lequel ?
Les demandes algériennes sont connues : l’enterrement pur et simple de l’affaire de l’enlèvement d’Amir DZ, dans laquelle des diplomates algériens sont impliqués — peut-être même des hauts gradés du régime.
Le contrôle des médias jugés trop virulents envers le pouvoir algérien, qu’il conviendrait de « respecter ».
Et enfin, la mise à l’écart des opposants algériens installés en France. Autrement dit, une triple ingérence : politique, médiatique et judiciaire.

 

C’est là que la sémantique pique le nerf.
Christophe Gleizes, plus qu’un prisonnier politique, devient une monnaie d’échange.

 

Il illustre surtout à quel point la diplomatie française en est réduite à célébrer des miettes, dans un bras de fer où Alger garde la main.
La vraie question reste entière : quand verra-t-on une libération, une grâce, ou au moins une révision sérieuse du dossier ?
Et surtout, y parviendra-t-on sans vendre son âme ?

 

Pour l’instant, on en est encore au stade du « cocorico » sur un changement de taule

 

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