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Assassinat de Jovenel Moïse : “ Il était un fanfaron aux pratiques dictatoriales ”

Mais qui a donc pu s’introduire dans sa résidence privée, comme on entre dans un moulin ? Et sans recevoir une seule balle des mastodontes qui le protégeaient … Quelques jours seulement après l’assassinat du Président haïtien, Jovenel Moïse, le 7 juillet dernier, le mystère reste entier sur l’identité des tueurs. En Haïti, personne ne croit à la thèse officielle, bourrée d’incohérences et de contradictions. A commencer par l’implication de mercenaires colombiens qui, bizarrement, auraient liquidé le Président, sans chercher à s’enfuir.
Selon les autorités de Port-au-Prince, ils auraient été recrutés par un médecin haïtien – présenté comme le cerveau de l’attentat -, via une entreprise vénézuélienne basée en Floride. Seul hic : l’entreprise en question a déposé le bilan depuis plusieurs années. Que se trame-t-il donc en Haiti ?
Réponses de Lyonel Trouillot, mondialement connu et plusieurs fois primé. C’est un grand écrivain, auteur de nombreux romans et récits, comme Rue des pas-perdus, Acte Sud.
Pour lui, Jovenel Moïse a été dévoré par le monstre qu’il a lui-meme créé : “ la répression politique, les assassinats des militants de l’opposition et de personnalités de la société civile… ”. 

 

Le Correspondant : Quelle est la situation à Port-au-Prince, au moment où l’on se parle ?

 

Lyonel Trouillot :

Il n’y a actuellement pas d’autorité politique reconnue par le pays. Mais il y un premier ministre de facto, qui a fait un lapsus plutôt intéressant en parlant de « coup d’état », au lieu d’“assassinat ». L’assassinat de Jovenel Moïse ressemble de plus en plus à quelque chose qui profite à certains de ses proches…

 

Il semblerait qu’une certaine dérive autoritaire s’est confirmée sous ses ordres. Serait-elle l’une des causes de son assassinat ? 

 

Jovenel Moïse avait ouvertement utilisé le banditisme comme arme politique. La répression des opposants, l’utilisation mafieuse des recettes publiques, les assassinats des militants et de personnalités de la société civile. À cela s’ajoute la criminalisation de la vie politique, le climat de terreur et d’insécurité généralisée. N’importe quoi pouvant donc arriver à n’importe qui… 

 

Certaines ambassades et institutions internationales auraient apporté leur soutien à cette dérive dictatoriale : comment cela se traduisait-il ? 

 

L’ancien président a bénéficié de l’appui des États-Unis, de l’OEA et de la chef de la mission des Nations unies, en Haïti. Tout ce monde a exacerbé sa folie dictatoriale, dans l’idée de réaliser une parodie d’élection rapidement. Fort de cet appui, il se croyait tout permis, multipliait les promesses auxquelles personnes ne croyait, organisait la destruction de toute vie institutionnelle, entendait imposer une constitution sur mesure lui accordant d’immenses pouvoirs …

 

Comment réagit le peuple à cet assassinat ?

 

Il y a plusieurs réactions. Chez certains, il n’y a que de l’indifférence et de la moquerie. N’oublions pas que Jovenel Moïse était un fanfaron aux pratiques dictatoriales. Et puis, il y a aussi de l’inquiétude et de l’indignation. Personne n’aimait cet homme, qui n’avait plus aucune légitimité, mais sa mort est horrible. Pour certains, c’est l’institution politique qui a été attaquée.

 

Voilà déjà huit ans que le parti Tèt Kale est au pouvoir, quel bilan retenez-vous ?

 

Le bilan des années Tèt Kale, c’est cette criminalisation de la vie politique, l’aggravation des écarts sociaux et des conditions de vie de la majorité, le réveil de tous les vilains préjugés et mécanismes d’exclusion, sur fond de crimes, de sang et de scandales financiers… 

 

Comment voyez-vous l’avenir…

 

Il se livre en Haïti un combat, dont la portée n’est pas que nationale, entre des forces réactionnaires locales soutenues par l’Occident et la population qui veut un réel changement, une véritable démocratie et non cette parodie d’élections truquées, au profit de dirigeants corrompus et d’un capitalisme périphérique des plus sauvages. L’avenir immédiat pour les Haïtiens est de mettre en place un gouvernement de transition faisant consensus et autorité, chargé de créer les bonnes conditions, pour la tenue de véritables élections.

 

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